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Open Source et PME-PMI : un intérêt croissantMême si la part de marché des ERP à code ouvert reste symbolique, les mentalités évoluent et les PME-PMI intègrent plus facilement cette alternative à leur processus de choix. Mais le marché de l'open source reste aussi un monde à part, habité par un esprit libertaire qui s'accorde parfois mal aux contraintes financières et juridiques des entreprises moyennes.
En un an, une partie du marché de l'open source a fortement progressé, celui des navigateurs Internet. Alors qu'il y a encore deux ans Microsoft Internet Explorer monopolisait le marché des fureteurs, Firefox, logiciel libre développé par la fondation Mozilla, avait conquis en mars 2007 près de 25 % du marché (source Xiti Monitor mars 2007). Une progression de 5 % en un an ! Le logiciel libre semble donc capable de remplacer sur un nombre conséquent de postes de travail le logiciel propriétaire fourni en standard.
Mais dans le domaine de la gestion d'entreprise les progrès du logiciel à code ouvert (open source) ne sont pas aussi flagrants, loin s'en faut. Bien qu'aucun chiffre officiel non contestable ne soit disponible, les PME-PMI s'intéressent de plus en plus aux applications professionnelles ouvertes, mais attendent encore avant de leur confier massivement des fonctions stratégiques. Une prudence également liée au fait que le renouvellement d'une application de gestion doit se faire à un moment choisi par l'entreprise, par exemple en fin d'exercice comptable, et qu'il faut bien entendu avoir épuisé les ressources du logiciel précédant. Une offre de plus en plus morcelée qui en devient parfois illisible L'année 2006-2007 a vu l'éclosion de nombreux projets communautaires dans le domaine de la gestion en open source. Il serait long et inutile de les citer ici tous. Comme dans le domaine des logiciels propriétaires la majorité des initiatives lancées sur le marché ne deviendront jamais matures. Dans le domaine du logiciel ouvert il est essentiel de ne choisir qu'une solution éprouvée depuis plusieurs années, qui fédère une communauté de plusieurs centaines de personnes, qui propose des versions régulières et dont les auteurs ne décideront pas, à la fin de leurs études ou à leur majorité, de passer à autre chose ! Les éditeurs les plus connus restent donc MySQL dans la base de données, Apache comme serveur Web, Linux comme système d'exploitation, Firefox comme navigateur, SugarCRM pour la relation client ou encore Compiere comme ERP. Mais le logiciel libre trouvant ses racines dans une forme de révolte intellectuelle contre les grandes multinationales du logiciel, il est en perpétuelle ébullition et même les acteurs installés se voient bousculés dès que leur position les rapprochent un peu trop d'une forme de réussite commerciale. SugarCRM a dès sa première version été copié par vTiger, et d'autres applications s'appuyant sur le même code source comme InfoAtHand sont apparues cette année en France. Compiere lui-même, qui avait fait rentrer des investisseurs à son capital et commençait – quelle horreur ! – à faire du « marketing », a du faire face à la fronde d'une partie de sa communauté qui est partie avec le code source créer Adempierre. Chaudron de créativité et d'indépendance, la communauté des développeurs open source ne se rend pas bien compte que ces attitudes la décrédibilise auprès des entreprises qui y voient un bac à sable pour développeurs libertaires plus que des solutions pérennes pour entreprises sérieuses. Les sociétés de services en logiciel libre (SS2L) tentent de faire l'interface et proposent à leurs clients d'être l'intermédiaire entre ce monde embrouillé du libre et leurs attentes de pérennité et de stabilité. C'est d'ailleurs au travers des sociétés de services, dédiées à l'open source ou mixtes, que se développent un maximum de projets d'entreprise. Le logiciel libre n'est plus un tabou en entreprise Mais l'attitude des entreprises et de leurs responsables a changé ces dernières années. Il n'est plus tabou d'inclure dans sa recherche des solutions à code ouvert. Les entreprises sont pragmatiques et recherchent le meilleur rapport qualité/prix pour leur fonctionnement quotidien. Il y a quelques années, qu'un directeur informatique suggère d'inclure un ERP open source parmi la « short list » lors d'un renouvellement, et il était immédiatement qualifié de réactionnaire. Les mentalités ont changé et cette barrière psychologique commence à s'effriter. Le profil des intégrateurs du monde open source étant par définition plus ouvert que les SSII traditionnelles, les entreprises voient d'un bon œil arriver du « sang neuf » sur le marché susceptible de leur proposer des prestations plus modernes, souvent moins couteuses, qui participent au renouvellement des acteurs en place. Avantages et inconvénients de l'open source dans le domaine de la gestion Mais les freins restent fortement présents et les éditeurs traditionnels ont encore de très belles années devant eux pour développer leurs solutions propriétaires. Le marché est en phase importante de concentration et les progiciels de gestion sont presqu'intégralement détenus au niveau mondial par quatre acteurs : SAP, Oracle, Microsoft et Infor. Heureusement il reste une place locale pour des sociétés à dimension continentale comme Sage ou Cegid. Leurs arguments à toutes vis-à-vis du logiciel à code ouvert sont identiques. Principal frein, la pérennité et l'absence d'interlocuteur juridique. Les entreprises sont habituées à contracter. Or en matière de logiciel à code ouvert, on ne contracte pas sur le logiciel, mais uniquement sur le service qui l'accompagne. Le logiciel étant librement diffusé, vous ne pourrez vous retourner contre personne en cas de malfaçon. Toute la charge juridique repose alors sur les épaules de l'intégrateur, souvent incapable financièrement de faire face à des pénalités de retard importantes ou des dommages-intérêt punitifs éventuels. Le sujet de la pérennité est un peu moins tranché. Dans la phase de concentration du marché des ERP, aucun éditeur propriétaire ne peut vous garantir qu'il sera encore maître de son produit l'année prochaine. Demandez donc aux clients de JDEdwards, rachetés par Peoplesoft, ignorés par Oracle, puis re-découverts par le même Oracle, tout cela en moins de deux ans… L'année 2006-2007 a vu se conclure une dizaine de transactions majeures rien qu'entre éditeurs de progiciels de gestion, la seule certitude en ce domaine est donc l'incertitude. Frein également, l'évolution du produit. Outre les velléités des « communautés » qui peuvent se scinder ou se séparer, il est rare qu'un éditeur open source communique sur un plan de développement multi versions… et qu'il le respecte. Là encore les éditeurs « open source commercial » se distinguent par une meilleure anticipation. Mais ce dernier frein peut également se muer en avantage. Un produit open source inspire bien souvent des développeurs qui sauront le compléter et lui adjoindre de nouvelles fonctions. Le système des « plug-in » permet par exemple à des développeurs externes d'ajouter de nouvelles fonctions tout en respectant le code initial du progiciel. Un processus de développement qui doit cependant être canalisé par l'éditeur principal qui devient assembleur plus que développeur. Impossible de terminer cet article sans mentionner le modèle économique. Rappelons encore une fois qu'un logiciel « open source » n'est pas forcément gratuit. Son code peut être ouvert mais son utilisation soumise au paiement de services. La gratuité n'est d'ailleurs pas l'argument essentiel pour la PME-PMI. Une fois comparé le TCO (coût complet d'utilisation) sur une période de plusieurs années, un logiciel de gestion d'entreprise en open source revient à peu près au même prix qu'un logiciel propriétaire. En revanche l'absence de coût de licence initial supprime une barrière financière à l'installation. Elle lisse le coût complet sur la totalité de la période d'utilisation, sous forme de services, et permet donc à une société en forte croissance de s'équiper d'une solution pour l'avenir. Le logiciel à code ouvert peut donc être bien adapté aux gazelles de l'économie. Vendredi 01 Juin 2007
Philippe Nieuwbourg
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