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Petits meurtres entre amis
Comme le souligne la sagesse populaire, qui n'a pas de mémoire est condamné à répéter les erreurs du passé. Lorsqu'il s'applique à la jeune industrie informatique, il semble que le dicton soit plus que vérifié tant les acteurs du secteur sont capables de rejouer indéfiniment les mêmes rôles.
Sur ce point, l'accord Microsoft-Novell du mois dernier a réveillé en moi un étrange sentiment de déjà-vu que je souhaite vous faire partager. Ne faisant pas directement partie de l'écosystème informatique, je vous livre une analyse aussi personnelle qu'exempte de langue de bois.
Un peu d'histoire
L'histoire débute au début des années 80 (la préhistoire dirons certains…) alors que le plus gros vendeur de solutions Unix était un certain … Microsoft. A cette époque, la jeune société Microsoft éditait un Unix pour machine Intel 80286 dénommé Xenix. Sous l'impulsion d'IBM, Microsoft se débarrassera de Xenix pour se lancer dans le développement conjoint d'OS/2. La société SCO se porta acquéreur de Xenix, qui fut rebaptisé SCO Unix. Pendant ce temps, la société Novell construisait sa réputation avec NetWare, son système d'exploitation réseau.
Au début des années 90, la flamme de Novell vacille et l'éditeur entrevoit son avenir dans la promotion du système d'exploitation Unix. L'éditeur de Netware acquiert en 1992 Unix Systems Laboraties, branche d'ATT en charge du développement d'Unix System V, et rachète par la même occasion tous les droits sur le code source Unix. Faute de succès ou de stratégie commerciale, l'aventure Unix de Novell est stoppée trois ans plus tard par la revente en 1995 de ses licences d'Unix, ainsi qu'UnixWare à SCO.
Du fait de ses errements stratégiques, Novell n'aura participé, avec la commercialisation d'UnixWare, qu'à la scission des versions d'Unix pour le plus grand bonheur de Microsoft qui lançait dans le même temps son système d'exploitation serveur Windows NT.
SCO, repreneur récidiviste mais malheureux des Unix en déroute, tentera de se refaire une santé financière en 2003 en réclamant 3 milliards de dollars de dommages et intérêts à IBM pour violation des brevets d'Unix et intégration de code source Unix dans le noyau de Linux. Depuis qu'elle s'est mis à dos la communauté Open Source, la société SCO est plus connue pour ses procès que pour ses logiciels.
A l'image de SCO, Novell, plus chanceux avec ses procès qu'avec sa nouvelle stratégie d'éditeur Open Source (pardon ... de solutions pour l'Open Entreprise), a lui aussi développé le don de se renflouer sur le dos de concurrents plus ou moins consentants. Déjà au bord du gouffre en 2004, Novell a déclenché un procès en contentieux sur son système d'exploitation Netware afin de sanctionner les pratiques anticoncurrentielles de Microsoft. Grand prince, Microsoft acceptera de verser 536 millions de dollars à Novell en règlement, hors tribunal, du procès. En guise de remerciement pour ce généreux versement, Novell relancera immédiatement une nouvelle attaque en justice contre Microsoft portant cette fois sur son traitement de texte WordPerfect. On ne se refait pas ...
L'accord improbable
Les rôles sont maintenant distribués, le scénario semble bien rodé et il devient possible d'analyser le nouvel accord Microsoft-Novell en dépassant les discours officiels. En 2006, la victime ne s'appelle plus Unix mais son descendant technologique Linux.
Après des années d'opposition farouche au mouvement Open Source, Microsoft annonce à qui veut l'entendre son soutien massif aux initiatives libres et favorise l'adoption de Linux par les grandes entreprises. Cette annonce constitue non seulement un changement stratégique radical pour Microsoft mais surtout un évènement considérable pour l'industrie du logiciel.
Dans ce but, l'éditeur de Windows décide de passer un large accord avec Novell, son concurrent de toujours, qui commercialise Suse Linux. L'accord financier conclu entre les deux éditeurs prévoit que Microsoft verse 348 millions de dollars à Novell pour que celui-ci rende Suse Linux interopérable avec Windows. Microsoft va même dépenser 34 millions de dollars supplémentaires pour mettre en place une force de vente commune avec Novell afin de promouvoir l'utilisation conjointe de Windows et Suse Linux.
Qui, avant cette annonce, aurait crû le géant de Redmond capable d'apporter un tel soutien aux logiciels libres ?
Première hypothèse : Microsoft fait enfin preuve de réalisme économique.
Au-delà des débats culturels et des considérations idéologiques, l'intégration de composants Open Source au sein d'un système d'information est devenue pour les décideurs informatiques une option valide tant du point de vue technique que du point de vue économique.
En acceptant de rendre compatibles les environnements Windows et Linux, Microsoft reconnaît ouvertement le rôle de plus en plus important pris par les solutions open source au sein des infrastructures informatiques des entreprises et le porte-parole de cette reconnaissance n'est autre que Steve Ballmer, CEO de Microsoft en personne : "Notre accord avec Novell autour de Suse Linux vient de la demande de nos clients. J'aurais préféré que nos clients n'utilisent que Windows mais la réalité est toute autre". S'agit-il du même Steve Ballmer qui affirmait, il y a quelques années, que le système d'exploitation Linux était un « cancer de la propriété intellectuelle » ?
On peut aussi sourire en songeant que l'ouverture de Windows se réalise sous la contrainte du marché, alors que la pression conjuguée des services américain et européen de la concurrence avait échoué dans cette voie par le passé. Décidément, au pays de Microsoft, le marché a toujours raison et peut tout justifier ...
Seconde hypothèse : le baiser de la mort de Microsoft à Linux
On peut aussi analyser cet accord comme un petit jeu de massacre technologico-juridique compromettant définitivement l'avenir d'un Linux unifié.
Renfloué par Microsoft, Novell reconnaît, dans le cadre de l'accord, que le système d'exploitation Linux utilise des éléments de propriété intellectuelle appartenant à Microsoft. Le groupe de Redmond s'engage bien entendu à ne pas poursuivre les utilisateurs de SuseLinux. Mais, fort de cette reconnaissance, Microsoft ne renonce pas à faire valoir ses droits auprès des autres éditeurs de distributions Linux, Red Hat en tête. Les avocats de Microsoft peuvent déjà se frotter les mains en songeant à leurs honoraires à venir, le Père Noel des avocats de Redmond est passé en Novembre cette année...
Selon cette seconde hypothèse, l'analyse de l'accord tient en quatre points :
• Microsoft atteint son objectif en divisant le petit monde de l'Open Source tout en s'attirant la sympathie de ses grands clients (saluons le coup de maître ...),
• Novell rassure à court terme ses actionnaires et s'éloigne une fois de plus de la faillite (saluons l'opportunisme élevé au rang d'avantage concurrentiel ...),
• Les DSI sont satisfaits car ils disposent enfin d'une version de Linux qui s'intègre facilement à leur système d'information tout en évitant de possibles poursuites judiciaires,
• Le dindon de la farce, c'est la communauté Open Source qui va se déchirer tant sur le plan technologique que juridique pour savoir comment réagir à cette alliance à objectifs multiples.
Pour aller au-delà de cette analyse volontairement polémique, je vous propose de poursuivre cet exercice selon vos sensibilités par contributions interposées. A vos commentaires …
Diplômé de l'Executive MBA de Paris-Dauphine et de l'UQAM-Montréal, Michael ALBO est directeur financier de la société Tir Groupé (industriel du chèque-cadeau - CA 2005 : 280 M€). Il était précédemment en charge de l'offre « Décisionnel Financier » au sein de la division «Banque & Finance» de la SSII Steria.
1. Posté par
François
le 18/12/2006 14:36
Pour la 2nd hypothèse, Novell ne reconnait nullement que Linux utilise des éléments de propriété intellectuelle de Microsoft.
Cette affirmation est unilatérale et provient uniquement de Microsoft.
Je pense plutôt à une 3ème possibilité, ou Novell s'est fait prendre au piège par Microsoft qui tente de diviser ses ennemis. Red Hat a déclaré avoir refuser un accord de ce type proposé par Microsoft.
Comme d'habitude, cet accord sert principalement à Microsoft pour étayer son FUD au sujet de sa propriété intellectuelle sois-disant dans linux.
En fait, ces remous ayant pour thème la propriété intellectuelle ne sont qu'une continuation des actions précédentes de µsoft, cf
http://x86bar.wordpress.com/2006/10/11/get-the-facts-ii/
http://x86bar.wordpress.com
2. Posté par
Jerome
le 18/12/2006 16:30
Troisième hypothèse : le baiser de la mort de Linux à Windows
Le monde entier (monde capitaliste ou grandes entreprises et grandes administrations règnent) envisageant l'après XP comme le passage obligé de Windows à Linux pour de sombre histoire d'argent ;-) ... Et Microsoft contraint de s'investir, construire ou racheter une distribution Linux afin d'enrayer l'hémorragie des pertes de parts de marché ;-)
3. Posté par
Matthieu
le 20/12/2006 09:13
L'accord Novell - Microsoft fait deja couler pas mal d'encre sur les forums du libre. Neanmoins d'un point de vue juridique, Microsoft tente -vainement- de s'attaquer à un modèle à travers des vides, qui soient sont deja en cours de correction à travers la GPL v3, soient seraient bien difficilement exploitables dans nos contrées.
Du point de vue technologique, il est sans dire que la plupart des acteurs dénoncent et ne feront plus tant d'effort pour les compatibilités avec Suse...
4. Posté par
Fire Fox
le 23/12/2006 18:00
Moi je croit que peu importe l'idée de Microsoft a derrière la tête, ils se sont tirer une balle dans le pied en donnant la main à Novell. Par le passé, en criant haut et fort pour dénigrer Linux, Microsoft finissait par faire peur qu'a eux même. Les gens ne sont pas dupe longtemps. Cette accord confirme la vague de changement en plus de confirmer tout le crétinisme de Microsoft par le passer à dénigrer l'opensource. Plus le temps passe, plus les gens s'instruissent et deviennent indépendant de la philosophie de Microsoft. L'avenir est au libre et Microsoft n'y peut rien, il est dans le sable mouvant et plus il se débat, plus il cale. Si j'étais Bill Gates, je vendrais tous et prendrais ma retraite, car il n'est plus de ce nouveau monde déjà. Pour Steeve Balmer, la seule choses que je voit de raisonnables dans la cervelle de ce gars, c'est un atome de carbone. Si j'étais à sa place, je fermerais ma gueule et me cacherais. Mon père ma déjà dit: "Il est toujours préférable de fermer sa gueule et passer pour un idiot que de l'ouvrir et ne laisser aucun doute la dessus!" Balmer devrais suivre ce conseil.
http://www.linux.com
5. Posté par
Michael ALBO
le 29/01/2007 11:43
Pour ceux que les relations tumultueuses entre Microsoft et l'Open Source intéressent, je conseille la lecture d'une interview, paru hier dans Silicon.fr, de Marc Gardette, le responsable de la stratégie de Microsoft France. Il explique pourquoi Microsoft s'intéresse à l'Open Source. Voici le lien vers l'article : http://silicon.fr/fr/silicon/news/2007/01/28/microsoft-l-open-source
Etonnant cette normalisation des relations après l'intensité des réactions passées ... Nous sommes visiblement entrés dans l'ére de la Coopétition (Coopération sur certains projets, compétition sur d'autres).
Les connaisseurs de la pensée de Sun Tzu apprécieront cette nouvelle stratégie de Microsoft (nouvelles alliances, stratégie d'évitement, modification du terrain, ...). C'est à la fois pragmatique et trés brillant...
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